En céramique, la composition de la pâte mise en œuvre revêt une importance primordiale. Le potier doit la connaître car c'est elle qui conditionne le résultat final du travail.
Châtelet eut cette chance insigne de receler, dans la partie septentrionale de ses bois, des bancs de terre à pots - tére a pots ou di pots - de très bonne qualité. Il existait des affleurements de terre plastique qui permettaient une exploitation à ciel ouvert. Le plus souvent, il fallait creuser un puits, après des sondages - dès sondâdjes- qui déterminaient une zone d'argile exploitable. A partir du puits et à une certaine profondeur, on creuse des galeries - dès wîn.nes - des veines, soit en montant - an r'montant - soit en descendant - an r'tchèyant - selon l'allure de la couche d'argile. Ces galeries, qui ne s'étendent jamais très loin, sont étançonnées comme le puits. Pour creuser, on se sert d'une houe - ène âwe ou awia - ; grâce à l'outil, l'ouvrier fait des chapelles - dès tchapèles - , sortes d'excavations régulières à front de taille, dont le contenu sera évacué vers l'extérieur. Déjà, la terre enlevée lors du creusement de la fosse peut être utilisée, c'est de la bonne terre - dèl boune tére - , mais c'est le plus souvent du "mort terrain" - dès sots térès -, des décombres - dèl discombe - , qui serviront à combler l'exploitation. Au fond du puits est creusé une sorte de godet destiné à recueillir les eaux de suintement des parois et qu'on appelle - li bû - ou parfois comme dans les fosses à charbon - li bougnoû. C'est là qu'on récupère des boues - dès broûs ou dèl boulîye - qui servent de barbotine. L’extraction se faisait surtout en hiver et les piles d’argile étaient laissées sur place exposées aux gelées, aux pluies et aux vents. L’argile devient alors réfractaire à l’humidité, elle sèche et il faudra la travailler et lui faire subir toute une préparation avant de la livrer aux mains du tourneur. Cette préparation se déroule dès que la terre brute a été livrée au potier. Li bleûwe tére, la terre bleue (en fait, elle est noirâtre) est une argile ancienne qui a été fort recherchée ; c'est la terre de Châtelet - li tére di Tchèslèt. Elle contenait des filets blancs et était légèrement grenue. Elle a pratiquement disparu au XIXe siècle. Parfois, on a trouvé, au XIXe siècle et même au début du XXe, dans des puits qui n'étaient plus exploités, d'anciens gisements de terres d'excellente qualité : - dès stos d'vîye - des stocks de vieille [terre]. Terre de qualité aussi que la terre rouge - li roudje tère - qui est une argile zoographique. Il faut encore citer la terre dite marche-pied - li mârche-pîds - , une terre jaune qu'on trouve en couches minces dans les "morts terrains" - lès sots térès.
Sources :
M. FAUCONNIER, L'extraction de la terre plastique dans Artisanat et folklore au pays de Châtelet. Tradition wallonne, Stavelot 1992, pp 9-15
J. FAUCONNIER, Le vocabulaire wallon du tireur de terre et du potier, dans Le Vieux Châtelet, annuaire n° 15, Châtelet, 1975, pp 165-174
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