Potiers d'hier - Les fouilles - Développement d'un quartier de potier à la "cour Pinette"

Châtelet : développement d’un quartier de potiers à la « Cour Pinette »
(Dolores INGELS et Didier WILLEMS - Chronique de l’Archéologie wallonne – activités 1995-96)

Dans le cadre d’un réaménagement de leur centre urbain, les autorités de Châtelet ont établi des contacts avec la société Colruyt pour la vente de parcelles sises rues des Poteries et des Gravelles, au lieu-dit « Cour Pinette ».

Au vu des informations fournies par les archives ou la littérature et des résultats obtenus lors de sondages archéologiques entrepris en 1986-1987, il apparaissait opportun que le Service des Fouilles de la Direction de Mons, du Ministère de la Région wallonne, intervienne pour une campagne préventive. Menée de juillet à décembre 1996, cette action a permis de mettre au jour un des centres médiévaux de production du grès dans le bassin de la Sambre.

Bien que des fosses, des gragments de tuiles, quelques tessons et une tèle attestent une présence romaine, aucune occupation en tant que telle ne peut être confirmée.

L’origine du quartier remonterait au Bas Moyen Age, soit à la charnière des XIVième et XVième siècles. Cette zone urbaine située à proximité de la Sambre fut intra-muros entre la fin du XVIième siècle et le début du XVIIIième siècle.

La première occupation est apparue en bordure de la rue des Poteries. Elle se traduit par un négatif de mur et des murs de pierres liées au mortier de chaux reposant sur et dans le sol en place. Un espace (cave ?) aux appareillages en pierre très hétérogènes a été construit dans l’angle nord-ouest. Ses plan exact et fonction demeurent indéterminés.

Par la suite, ces structures sont abandonnées et recouvertes d’épaisses couches d’argile et de remblais charbonneux contenant des nodules d’argile rubéfiée et du torchis ; une analyse du radiocarbone par le laboratoire de M. Van Strydonck (IRPA, Bruxelles) devrait fournir un repère chronologique précis. Sur ces niveaux, d’autres murs sont érigés ; leur maçonnerie de pierres calcaires est soignée. Deux autres établissements pourraient en être contemporains. L’un se serait développé à partir de l’angle de la rue des Gravelles et de la place du Marché, où sera établi l’estaminet « au Pot d’étain », et le second au centre des parcelles fouillées. Ce dernier noyau se caractérise par trois structures en pierre. La première est un bâtiment quadrangulaire subdivisé en deux espaces inégaux dont l’un est un couloir. Dans la pièce principale, une base en pierre était en place ; elle devait probablement maintenir un pilier en bois. La seconde structure est un agencement énigmatique de trois murs formant un π ; un lien avec le « four à pots » qui y est adossé n’est pas à exclure. La troisième unité est composée de fondations ; elles se situent au sud/sud-est des structures précédentes. Une cour lui sera annexée.

Trois fours et des fosses contenant des rejets de cuissons témoignent concrètement d’une activité intense liée au secteur de la poterie dès la fin du XVIième siècle au moins. En 1595, les potiers de Châtelet, Bouffioulx et Pont-de-Loup signent une charte avalisée par le Chapitre Saint-Lambert de Liège ; elle aura cours jusqu’en 1823.

Les fours offrent des configurations différentes et pourraient appartenir à des époques et/ou des productions distinctes. Le plus petit site se situe à proximité de la place du Marché. Son contexte global n’a pas pu être défini avec précision. Selon les caractéristiques observées, il serait de type mono- ou double volume et à alandier unique. En l’absence de toute céramique, seul le C 14 apporterait une datation.

Au centre du site, le second four est apparu très fragmentaire et perturbé par les a ménagements modernes. Pour ses deux premières phases, il butte contre un des murs de la structure en π. Son troisième niveau de sole en brique correspondrait à son extension au-delà dudit mur vers un second érigé à l’arrière.

Enfin, le grand four découvert en 1987 a pu être réétudié dans un contexte plus large. Deux murs ceinturent la structure ; incurvés à l’entrée, ils se redressent vers l’arrière où l’accès devait s’effectuer. Un puits est creusé à l’aplomb du mur oriental. Un espace probablement couvert devait protéger un pavage et l’entrée de la sole en brique. Les bases des dômes sont en pierre et/ou en brique. Son exploitation principale se situerait à la fin du XVIième siècle – début du XVIIième siècle.

Des bâtiments sont construits à proximité de ces fours ; des commodités sont aménagées.

Dès la fin du XVIIième siècle, des structures sont progressivement abandonnées et condamnées ; c’est le cas pour le grand four, dont les murs serviront à asseoir des fondations, et pour la cour sus-mentionnée, recouverte par des rebuts. Jusqu’à ce jour, aucun document n’a livré d’indices permettant d’émettre un terminus ad quem pour les activités potières à la rue des Gravelles.

Par des modifications et des reconstructions, l’habitat prend de l’extension sur l’ensemble du site. Les aménagements se succèdent : foyers en pierre aux motifs en damier, sols en pierre de rivière, un four à chaux associé aux travaux de maçonnerie a été dégagé, des échantillons ont été prélevés par M.J. Hus (Centre de Physique du Globe, Dourbes).

La vocation économique cède le pas à une fonction purement résidentielle, qui s’affirme au XIXième siècle. La brasserie qui fut active durant plusieurs décennies n’est qu’une parenthèse.

A la fin des années 1980, le quartier est totalement exproprié afin d’être démoli. La céramique recueillie provient essentiellement de remblais. Néanmoins, quelques ensembles clos ont retenu l’attention pour l’homogénéité du matériel : une grande fosse ayant livré une quantité importante de permettre à trois branches, le recouvrement de la cour pavée, constitué de poteries complètes, les remblais du puits jouxtant le grand four et une fosse tardive (fin du XVIIième siècle – XVIIIième siècle).

Le grès compose la majorité des céramiques découvertes. Une première étude a permis de mettre en évidence différentes modèles tels que des pichets, petites bouteilles et ablarello en abondance, auxquels s’ajoutent des pots de chambre, des tasses et des cruches ainsi que quelques bénitiers, beurriers, plats, snelles (fin du XVIième siècle) et une gourde. La teinte des pâtes varie du beige au gris. Les engobes sont généralement brunâtres et la glaçure salifère, translucide. Certaines pièces ont été rehaussées d’émaux au bleu de cobalt et/ou au manganèse. La décoration est moulée et rapportée, ou incisée. Les motifs ornementaux sont soit des visages humains (bartmann et autres) soit des formes géométriques. Parmi les céramiques armoriées, figurent des blasons rappelant ceux du répertoire de Bouffioulx.

Une vaisselle commune à pâte rouge fait également partie du matériel recueilli. Il s’agit de tèles, d’une faisselle et de marmites. Elles sont couvertes d’une glaçure opaque brun foncé ou brune à tendance orangée ou jaune. Pour la plupart, elles sont datées des XVIIième – XVIIIième siècles.

Quelques objets marginaux méritent d’être signalés. Outre les kinicks, billes ayant probablement servi à bloquer les poteries dans les fours, citons un moule positif millésimé (1673 ?) représentant un lion couronné, un moule de bartmann et un manche de couteau sculpté figurant un personnage stylisé.

La somme considérable d’informations enregistrées au cours de cette fouille conforte les résultats acquis lors des interventions ponctuelles antérieures. Leur étude permettra d’approfondir les étapes du développement économico-urbanistique du quartier ainsi que de compléter la typologie des grès produits dans la région.

Place de France - Collections
Ville de Châtelet

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